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Il est 20 heures au centre d’hébergement de Lancry. Les résidents viennent de diner. Quelques retardataires, franchissent les portes et filent s’asseoir dans la salle à manger qui sert de partie commune. Ici, on est bien loin de la désorganisation qui caractérise d’habitude ces établissements. En un coup d’oeil, on s’aperçoit que le sol est propre, que la cuisine est déjà nettoyée, et la salle à manger est rangée. Mais ce qui attire l’oeil c’est avant tout l’écran plat qui trône sur le mur, signe de luxe pour un centre d’hébergement d’urgence. En dehors de cela, l’établissement en lui-même à clairement vécu. La peinture est écaillée ca et là, et les escaliers restent encore largement inégaux. Paul Diop, le gérant du centre porte quelques dernières modification à la liste des résidents qui dormiront sur place le soir. « Le centre est désormais un centre d’hébergement et de réinsertion sociale. Nous voulions stabiliser nos pensionnaires. Nous leurs offrons une chambre pendant six mois et même parfois un an selon leurs projets. Nous recevons désormais quarante personnes, et nous pouvons désormais disposer des six étages de l’immeuble. C’est depuis le vote de la loi DALO que cet effort de modernisation a été fait ». Ce centre Emmaus, a décidé d’approfondir son travail avec les mal-logés. L’objectif est de réussir un meilleur accompagnement. Et pour l’atteindre il a fallu augmenter leurs moyens et leurs subventions. Grâce à un partenariat avec Microsoft France, le centre a pu obtenir six ordinateurs ainsi qu’une connexion internet performante. « Nous avons décidé de nous munir de l’internet, pour la simple raison que maintenant toutes les demandes d’aides se font par ce moyen, ce qui est un non sens dans le cas des gens que nous recevons, puisque pour la plupart ils vivent dans la rue. D’ailleurs la principale, c’est-à-dire la demande pour le dossier DALO ne se fait désormais que par ce moyen. Désormais nos pensionnaires, peuvent faire leur demande et communiquer avec des employeurs ou leurs proches. En cela je pense que notre centre était un centre pilote ».Internet n’est pas la seule innovation de ce centre, puisqu’au deuxième étage, une bibliothèque a été mise en place, puis un étage plus haut, une salle de sport. Ces éléments montrent l’ampleur de l’effort qui a été fourni pour moderniser et améliorer l’accueil de la structure.

« Le meilleur centre de Paris. »

Pour beaucoup de pensionnaires, ces innovations ont fait de Lancry le centre idéal. Depuis qu’elles ont été mises en place, Lancry a pu reloger près de quatorze personnes grâce au dossier DALO, ce qui est un véritable exploit, vu la lenteur de la procédure. C’est en groupant les demandes que Paul Diop a pu arriver à ce résultat. « Évidemment, que les réponses sont trop longues, mais ca marche quand même ».

Pour les pensionnaires encore hébergés là, même s’ils n’ont rien à reprocher à Lancry, le confort dont ils disposent leur a redonné l’envie d’élever leurs aspirations. «Moi, je n’aurais jamais du finir dans la rue, mais bon c’est la vie. Mais depuis que je suis ici, j’ai vraiment envie d’y arriver, d’avoir un travail, une maison, des amis, me sentir utile vraiment à la société »témoigne Vivianne. Robert, lui arrive à la fin de la période d’hébergement, il est intégré et aide à l’encadrement des nouveaux pensionnaires, il a fait une formation pour pouvoir accompagner les mal-logés dans un autre centre. « J’ai été poissonnier pendant quarante ans, mais ma retraite n’a pas suffi à me faire vivre, alors je suis arrivé ici, j’ai eu envie de donner un coup de main et bientôt je vais le faire dans un autre centre, mais je vais regretter Lancry, c’est un centre strict et propre. J’ai fréquenté le centre de Javel et c’était l’enfer, les bagarres, les vols, les insanités on ne se sent pas humain dans tout ça. Mais ici, tout est propre, il y a de la discipline et c’est tant mieux. J’ai l’espoir de pouvoir réunir assez d’argent pour aller travailler à la campagne, je pense être hébergé plus facilement si je demande une autre région que Paris. ». A Paris, beaucoup de centres d’hébergements peinent à remplir convenablement leur mission. En cause, le manque de moyens face à l’ampleur des difficultés de leurs pensionnaires d’un jour. Seuls trois centres ont réussi jusqu’à présent leur conversion de centre d’hébergement en centre de réinsertion.

Priscilla Romain

Le reportage est aussi disponible en version audio